Les droits des femmes sont des droits humains, un point c’est tout

Date: 8th March 2017

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Chris W. Williams
Directeur exécutif du Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement (WSSCC)

Cet article a également été publié par le Huffington Post à l’occasion de la Journée internationale des femmes.

En janvier dernier, des millions de femmes du monde entier sont descendues dans la rue pour plaider en faveur de lois et de politiques portant, entre autres questions, sur les droits des femmes. Si 500 000 militantes enthousiastes ont participé à la marche des femmes de Washington, faisant ainsi l’objet d’une grande attention médiatique, d’autres marches ont eu lieu sur les sept continents dans des lieux aussi divers et variés que le Congo, la Géorgie ou la péninsule Antarctique. À cette occasion, les militantes nous ont transmis un message clair et fort : les femmes ne vont pas rester les bras croisés et se laisser traiter comme des citoyennes de seconde zone. Les droits des femmes sont des droits humains, un point c’est tout.

S’il est facile de comprendre ce sentiment, il semble plus problématique en revanche de le concrétiser. Pour améliorer la diversité hommes-femmes, les employeurs cherchent à équilibrer les ratios, à élargir le bassin de recrutement et à assurer une représentation féminine à la table des négociations. De même, les institutions publiques et à but non lucratif œuvrant en faveur de l’éducation, de la santé et d’autres services de base s’adressent aux deux sexes. Mais la tendance veut que les femmes ne soient impliquées qu’une fois les choses en place, qu’elles ne soient invitées à participer qu’une fois les décisions prises. En nous limitant à faire participer les femmes au dialogue sans pour autant remettre en question les relations de pouvoir sous-jacentes, nous évitons d’aller au fond des choses et courons le risque de perpétuer les inégalités, de marginaliser davantage les femmes et de dévaloriser leur rôle au sein de la société.

Oui, il est important d’atteindre un équilibre entre les sexes, mais celui-ci ne doit pas représenter une fin en soi. Il ne pourra y avoir de changement en profondeur que lorsqu’un courant marqué en faveur de l’égalité des sexes remodèlera les normes, les habitudes et les politiques sociales. Pour que ce courant devienne une réalité, nous devons redéfinir les rôles des femmes et des hommes, des adolescentes et des adolescents, ainsi que des femmes et des hommes handicapés, âgés, marginalisés et vulnérables. Cette réflexion doit avoir lieu partout, mais tout particulièrement dans les régions des hémisphères nord et sud où la pauvreté est manifeste et où les femmes sont par conséquent essentielles au maintien de communautés en bonne santé, instruites et dynamiques.

En cas de maintien du statu quo, les besoins des femmes et des filles ne seront pas satisfaits et les services leur permettant de jouer un rôle de premier plan au sein de leurs communautés ne seront ni suffisants ni efficaces. À l’échelle de la planète, plus de 1,2 milliard de femmes manquent d’accès aux services de base en matière d’assainissement et d’hygiène, ce qui a une incidence considérable sur leur vie, aussi bien pendant l’enfance qu’à la maternité, et jusqu’au crépuscule de leur vie.

Les femmes privées d’accès à des toilettes craignent de se faire attaquer et souffrent du manque de dignité lié à la défécation à l’air libre. Elles doivent se retenir d’aller uriner/déféquer et sont par conséquent exposées aux infections urinaires et à d’autres maladies. Leurs menstruations les empêchent d’aller au travail, de se déplacer, d’aller à l’école, entraînant une perte de revenu pour toute la famille. Les femmes ont leurs règles pendant 3 000 jours en moyenne au cours de leur vie ; pourtant, elles sont privées des connaissances en matière de gestion sûre de l’hygiène menstruelle à cause du tabou qui entoure cette question.

Des chercheurs du WSSCC, d’ONU-Femmes et de l’Institut africain de formation et de recherche démographiques ont démontré dans une étude à paraître sur l’accès des femmes aux services d’assainissement au Niger (Afrique de l’Ouest) que moins de 12 % des femmes interrogées se sentaient en sécurité lorsqu’elles allaient aux toilettes. Lorsqu’ils leur en ont demandé la raison, elles ont expliqué que cela tenait au fait que les latrines n’étaient pas séparées par sexe. Cette même étude montre qu’au moins 70 % des toilettes examinées n’étaient pas dotées d’un verrou intérieur. L’étude sera publiée le 20 mars prochain à l’occasion d’un événement organisé par la Commission de la condition de la femme.

Ce problème a des répercussions considérables sur le bien-être des femmes et des filles, qui sont davantage exposées à des risques et éprouvent des sentiments de honte et de peur. Pour les 1,2 milliard de femmes privées d’accès, des efforts axés sur les services d’assainissement et d’hygiène constitueraient un moyen efficace de relier une thématique vitale (les toilettes) au respect d’un autre sujet fondamental (les droits des femmes).

Au cours des cinq dernières années, l’hygiène menstruelle, de même que les stratégies utilisées par les militants et les décideurs politiques pour lutter contre le tabou entourant ce sujet, ont suscité un intérêt grandissant. Les femmes — et les hommes — de pays aussi diversifiés que le Sénégal, le Niger, le Kenya, la Tanzanie, l’Inde, le Népal, le Pakistan, le Nigéria, le Malawi et le Cambodge discutent aujourd’hui librement des menstruations.

À l’échelle nationale, un dialogue s’est instauré entre les gouvernements et les militants afin de garantir la mise en place d’installations sanitaires sûres et sécurisées pour les femmes et les adolescentes dans les écoles, les établissements de santé, les marchés publics, les infrastructures de transport et même les ménages individuels. L’engagement des autorités se traduit par l’approbation de directives politiques et l’affectation de ressources, ainsi que par la mise en place d’interventions et de systèmes accompagnés de nouveaux outils pour suivre la mise en œuvre des programmes.

À l’échelle locale, les ménages individuels, les collectivités locales et les petits entrepreneurs dialoguent sur la façon de susciter un changement de comportement, à savoir l’établissement par les personnes d’un lien entre assainissement et santé, entre hygiène et dignité. Tout ceci se traduit par l’abandon massif de la pratique de la défécation à l’air libre, par des investissements en faveur de l’assainissement et par l’adoption de pratiques d’hygiène, y compris menstruelle, veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte.

Si l’hygiène menstruelle suscite un intérêt croissant, elle s’accompagne d’une réflexion plus globale sur la conformité des services de base proposés aux personnes handicapées, aux groupes marginalisés, aux personnes âgées, aux sans-abri et aux femmes. Le débat sur les menstruations permet d’éliminer les obstacles, ce qui amène à une réflexion plus approfondie sur les nombreuses formes d’inégalités et de discrimination existantes.

Ces stratégies fondamentales mais pragmatiques visant à promouvoir l’égalité des sexes sont loin d’être terminées. Il reste encore beaucoup à faire. Toutefois, elles sont désormais plus susceptibles de gagner en intensité et de porter leurs fruits grâce aux engagements pris en septembre 2015 par 182 États membres par suite de l’adoption des objectifs de développement durable (ODD). Ces 17 ODD, comme on les appelle communément, forment un cadre de développement social, écologique et économique sur 15 ans (2016-2030). Les thématiques du genre, de l’égalité et de la non-discrimination ne sont pas confinées à un seul objectif, mais se retrouvent dans la plupart des mesures ciblées prévues par les 17 objectifs mondiaux. La réalisation d’un objectif suppose de comprendre les autres objectifs. Grâce à un accès amélioré aux services d’assainissement et d’hygiène, les femmes peuvent gérer leur hygiène menstruelle dignement et en toute sécurité, être plus mobiles, aller à l’école et prendre des mesures pour développer leur potentiel productif.

Les mesures pratiques, mises en œuvre à grande échelle et appuyées par les engagements de la communauté internationale, représentent une rupture nette par rapport au statu quo. Les femmes et les hommes sont désormais mieux placés pour discuter de la façon dont celui-ci empêche les femmes et les filles de satisfaire leurs besoins. Ils peuvent aller au fond des choses en participant aux efforts visant à influencer les politiques, les budgets et la conception des programmes. Ils peuvent redistribuer les rôles en matière d’exécution et de mise en œuvre, réfléchir à la façon d’intégrer les laissés-pour-compte, redéfinir les indicateurs de suivi des progrès, qui, ensemble, peuvent améliorer la pertinence des services, de façon à ce que l’assainissement et l’hygiène deviennent une réalité pour tout un chacun, partout dans le monde.

Le WSSCC s’est engagé en faveur de ce principe, et nous l’appliquons dans l’ensemble de nos pays d’intervention, étayant ainsi notre travail sur les politiques, le plaidoyer et la mise en œuvre à grande échelle des programmes d’amélioration sanitaire. Nous savons combien il est important d’aider les femmes et les hommes à prendre le contrôle de leurs besoins en matière d’assainissement, à construire des latrines et à améliorer leur santé et leur bien-être. Cette approche, connue sous le nom de « changement de comportement collectif », établit un climat de confiance qui permet aux femmes et aux hommes d’encourager l’hygiène menstruelle tout en contribuant aux actions visant à mettre fin aux mutilations génitales féminines et à prévenir les mariages d’enfants.

La voie de la moindre résistance perpétue les inégalités entre les sexes. Il est temps d’intégrer véritablement les femmes dans le lieu de travail, l’arène politique et la prestation de services de base. Osons le changement, en cette Journée internationale des femmes 2017 ! #BeBoldForChange

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, Chris Williams écrit que le simple recrutement de femmes sur le lieu de travail ne suffit pas. Elles doivent bénéficier d’un espace favorable à leur développement.

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