Du tabou à l’émancipation : menstruation et égalité des sexes

Date: 27th May 2015

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Écrit par Archana Patkar, Rockaya Aidara et Inga T. Winkler

Les menstruations et l’hygiène menstruelle apparaissent progressivement comme un élément central de l’égalité des sexes, des droits des femmes et du développement.

Photo: WSSCC/Javier Acebal

Photo: WSSCC/Javier Acebal

Dans beaucoup de pays, les menstruations sont un sujet tabou, généralement passé sous silence et associé à de nombreux mythes. Avec l’hygiène menstruelle, elles apparaissent pourtant progressivement comme un élément central de l’égalité des sexes, des droits des femmes et du développement. Les menstruations font en effet partie intégrante du cycle qui permet à l’espèce humaine de se perpétuer, elles devraient pour cette raison être mises à l’honneur non seulement aujourd’hui mais aussi chaque jour de l’année, au lieu de susciter la honte et le dégoût.

En 2012, le Conseil de Concertation pour l’Approvisionnement en Eau et l’Assainissement (WSSCC) a dialogué pendant 56 jours avec 12 000 femmes et filles de cinq États de l’Inde à l’occasion du Nirmal Bharat Yatra, une campagne nationale de grande ampleur axée sur l’hygiène et l’assainissement. Nous avons ouvert aux femmes et aux filles un espace sûr où elles pouvaient parler librement des menstruations. Le succès a été colossal : mères, grand‑mères, sœurs et amies se sont retrouvées pour discuter, échanger sur leurs expériences et poser des questions parfois très intimes. Elles ont à cetteoccasion testé des outils de formation et de communication de base, et ont collaboré à l’élaboration de méthodes permettant, ensemble, de rompre le silence et de mettre en place une gestion sûre de l’hygiène menstruelle.

En 2014, le WSSCC a adopté une approche similaire en Afrique de l’Ouest en lançant avec ONU Femmes le programme conjoint Genre, hygiène et assainissement. S’articulant autour d’une série d’enquêtes, le programme visait à rompre le silence qui pèse dans la région concernant les menstruations et l’hygiène menstruelle.

L’un des principaux obstacles rencontrés par les femmes est lié aux interdits sociaux, aux croyances et aux mythes qui influent sur la façon dont elles gèrent leurs menstruations. Les résultats de l’enquête soulignent le silence et les craintes qui entourent le sujet dans de nombreux pays. Le principal problème, et aussi le plus décisif, est que les connaissances et les informations sont le plus souvent limitées ou incorrectes. En effet, beaucoup de filles ne comprennent pas ce qui leur arrive au moment de leurs premières menstruations et n’ont qu’une connaissance limitée de ce que cela signifie sur le plan biologique. Une jeune Camerounaise raconte : « Mes premières règles sont arrivées un jour où je travaillais aux champs avec ma mère. J’étais gênée et je n’ai pas osé lui en parler… Quand elle s’en est aperçue, elle m’a emmenée discrètement dans sa chambre, m’a donné une serviette hygiénique et m’a expliqué comment la porter. Elle m’a aussi dit qu’il ne fallait plus que je parle aux garçons, parce que sinon je tomberais enceinte tout de suite. »

Étant donné le manque de structures adéquates dans les écoles, les lieux de travail et les espaces publics, les femmes préfèrent souvent rester à la maison quand elles ont leurs règles. Cela les empêche par conséquent de prendre part aux activités culturelles, éducatives, sociales et génératrices de revenus. Ce problème est aggravé par l’emploi de méthodes préjudiciables et l’usage de protections présentant certains risques. Beaucoup de femmes et de filles ont par ailleurs des difficultés à se procurer des protections propres et sûres. Elles expliquent notamment qu’elles font sécher leurs serviettes hygiéniques dans des lieux clos et sombres, ce qui ne permet pas de garantir l’élimination des germes. Le fait est que le nettoyage et le séchage insuffisants des protections sont une cause majeure d’infection. Lorsque les femmes utilisent des protections jetables, elles se débarrassent généralement des protections usagées dans des toilettes ou des latrines qui ne sont pas conçues pour traiter ces déchets, et qui vont donc se boucher, déborder et générer de la pollution.

L’un des principaux obstacles rencontrés par les femmes est lié aux interdits sociaux, aux croyances et aux mythes qui influent sur la façon dont elles gèrent leurs menstruations, ce qui affecte le quotidien de bon nombre d’entre elles. Lorsqu’elles ont leurs règles, les femmes et les filles se trouvent confrontées à divers interdits religieux, alimentaires, domestiques ou sexuels, qui entraînent souvent un isolement ou une stigmatisation encore plus marqués.

Enfin, l’interprétation faite des menstruations influe sur la façon dont les filles sont perçues dans de nombreuses cultures. L’arrivée des premières menstruations est souvent vue comme un signe de maturité, signifiant que les filles sont dorénavant en âge d’être mariées. Les mariages précoces augmentent toutefois considérablement le risque de grossesse chez les adolescentes, mais aussi le risque de grossesses répétées avec un espacement insuffisant des naissances et le risque de complications médicales, telles que la fistule obstétricale.

Comme l’a déclaré S. E. Wassalke Boukhari, ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement de la République du Niger, lors de la Quatrième Conférence AfricaSan qui s’est tenue à Dakar (Sénégal) en 2015 : « Les tabous renforcés par l’ignorance entraînent des pratiques à haut risque qui mettent en danger les femmes et les filles. »

Comme l’a déclaré S. E. Wassalke Boukhari, ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement de la République du Niger, lors de la Quatrième Conférence AfricaSan qui s’est tenue à Dakar (Sénégal) en 2015 : « Les tabous renforcés par l’ignorance entraînent des pratiques à haut risque qui mettent en danger les femmes et les filles. »

Malgré le voile du secret qui entoure les menstruations, la gestion de l’hygiène menstruelle offre une porte d’entrée efficace pour favoriser l’émancipation des femmes et des filles, en finir avec les mythes, faire évoluer les pratiques et éliminer les interdits. Le fait est que toutes les femmes ayant participé à nos enquêtes se sont montrées très ouvertes au dialogue sur la menstruation. Elles ont posé de nombreuses questions sur la santé sexuelle et reproductive mais aussi sur les grossesses précoces, mettant en évidence la nécessité d’une éducation sexuelle complète. Il est notamment indispensable que les adolescentes puissent accéder à des informations de base exactes avant l’arrivée de leurs premières règles.

Dans le même temps, le WSSCC a constaté une grande ouverture d’esprit parmi les décideurs, qui semblent prêts à s’attaquer à la question de l’hygiène menstruelle lorsqu’ils prennent conscience de ses implications majeures pour les femmes et les filles et qu’ils comprennent l’urgence du problème. L’année dernière par exemple, le gouvernement sénégalais a signé un protocole d’accord ayant pour objectif d’améliorer les droits des femmes et des filles en matière d’hygiène et d’assainissement. Cet accord fait partie intégrante de l’objectif du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement visant à inclure la gestion de l’hygiène menstruelle dans la nouvelle orientation de la politique nationale d’assainissement.

Pour pouvoir instaurer ce changement de grande ampleur, le WSSCC appelle les gouvernements nationaux et les administrations locales à promouvoir de façon explicite l’intégration de la gestion de l’hygiène menstruelle dans les politiques menées. Les réformes politiques doivent être renforcées par l’allocation de budgets et de ressources dédiés à leur mise en place, ainsi que par le développement des capacités au sein des institutions, notamment en ce qui concerne les fonctionnaires chargés de la mise en œuvre des programmes dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’environnement et WASH. Le WSSCC entend poursuivre l’appui aux programmes de formation sur l’hygiène menstruelle et approfondir le renforcement des capacités pour la réalisation de campagnes de communication et de sensibilisation, afin de démystifier les menstruations aussi bien auprès des femmes que des hommes. Il apparaît essentiel de sensibiliser les chefs religieux, communautaires et autres pour aider les femmes et les filles à participer activement à la prise de décisions concernant leur propre vie. Il est tout aussi important de collaborer aussi bien avec les femmes et les hommes qu’avec les filles et les garçons.

Malgré la réticence de certains à aborder ce sujet, l’hygiène menstruelle s’avère être une porte d’entrée efficace pour aborder des thèmes plus larges portant sur l’égalité des sexes ou l’émancipation des femmes et des filles (notamment les problématiques relatives à l’éducation sexuelle, la santé et les droits en matière de sexualité et de reproduction, le mariage des enfants, la fistule obstétricale et les mutilations génitales). Dans cette optique, les pays doivent chercher à éliminer toute forme de discrimination envers les femmes, notamment celle basée sur des normes sociales ayant trait à la menstruation, lesquelles nuisent à l’intégrité physique et aux droits des femmes et des filles. Les menstruations sont un signe de bonne santé et de vitalité chez les femmes et ne doivent plus générer un sentiment de crainte, de honte ou d’embarras. Il est essentiel de rompre le silence qui entoure la menstruation pour aider les femmes et les filles à exploiter tout leur potentiel.

À propos des auteurs

Archana Patkar est la gestionnaire de programme du service Réseaux et Gestion des Connaissances et dirige le programme Égalité et non-discrimination du Conseil de Concertation pour l’Approvisionnement en Eau et l’Assainissement.

Rockaya Aidara est chargéede programme et gère le programme conjoint Genre, hygiène et assainissement avec ONU Femmes en Afrique de l’Ouest dans le cadre du programme Égalité et non‑discrimination du Conseil de Concertation pour l’Approvisionnement en Eau et l’Assainissement.

Inga T. Winkler est chercheuse indépendante et consultante auprès du Conseil de Concertation pour l’Approvisionnement en Eau et l’Assainissement. Elle travaille au Center for Human Rights and Global Justice de l’université de New York.

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